Je vous l’ai dit : « du numérique et tout ce qui se passe par ma tête ». Voilà un premier article d’une série à venir sur le thème de l’apprentissage (et des études) : réflexions illustrées par notre parcours personnel et hypothèses basées sur notre parcours professionnel.

Le contexte

Pour rappel : nous sommes une famille de Néerlandais installée en France, avec quatre enfants aux Pays-Bas (et six petits-enfants) et deux enfants nés et élevés en France. Je suis en France depuis mes trente ans, mon mari depuis ses 54 ans. Il était proviseur d’un établissement scolaire à Eindhoven qui accueille des jeunes de 12 à 18 ans, dans des filières différentes — je vous en parlerai dans un autre article. En ce qui me concerne, j’ai fait les beaux-arts aux Pays-Bas et aux États-Unis et je suis autodidacte dans presque tout ce que je fais aujourd’hui.

Mais quand j’ai annoncé à mes parents que je voulais aller aux beaux-arts, cela ne passait pas. La deuxième génération après la Deuxième Guerre mondiale devait réaliser ce que les parents n’avaient pas pu faire, dans un contexte d’accès plus généralisé à une éducation poussée : aller à l’université, obtenir un bon poste, car la fin des emplois sans diplôme sonnait déjà. Mon père, devenu directeur d’un hôpital de long séjour par le simple fait de ses intuitions et compétences obtenues par la vie, n’aurait jamais pu y arriver quelques années plus tard sans diplôme. De mes six oncles, seul un a fait un parcours universitaire, et ce des années plus tard en alternance, et tous ont eu des postes de haute responsabilité. Mais au cours des années 60/70, ils ont bien vu que plus l’accès à l’enseignement était généralisé, plus il serait difficile de se passer de (bons) diplômes. Leurs enfants ont, pour une grande partie, fait des études supérieures (surtout les garçons, à vrai dire, mais bon, je passe).

J’ai donc fait un an de langue russe à l’Université d’Amsterdam. Eh oui, apprendre le russe, en pleine période de guerre froide. Non pas parce que cela m’intéressait à l’époque, mais parce que je voulais partir enregistrer la musique et la danse bulgare… et pour apprendre à parler bulgare, il fallait passer par une fac de russe. En fait, personne ne m’avait parlé d’études en ethnographie, ce qui aurait pu être plus adapté à mon projet professionnel.

Une fois partie de la maison, un an plus tard, j’ai — évidemment — intégré les beaux-arts et eu un parcours comme prévu : pas un bon poste, mais une vie professionnelle extrêmement riche (et compliquée par moments).

Ma fille aînée a fait ce qu’on attendait de la deuxième génération d’immigrés : un parcours sans faute, à Sciences Po Paris.

L’histoire se répète : « C’est dommage, car elle a les capacités de faire des études. »

La deuxième fille s’est découvert une passion — et le talent qui l’accompagne — pour la danse classique et a exprimé le souhait d’intégrer une école de danse à l’autre bout de la France, et ce, dès l’année prochaine (elle est encore au collège). Sachez qu’elle ne danse que depuis un an et demie, donc autant dire que nous ne nous y attendions pas.

Image : Éric Blochet — https://pixabay.com/fr/users/indy0333-239870/

Mais notre réaction en dit long sur l’ancrage de cette idée de « parcours idéal » pour nos enfants : la danse, cela semble étrangement aux beaux-arts, n’est-ce pas ?

Et notre réaction au plus profond de nous était, au moins partiellement, identique à celle de mes parents : pourquoi ne pas attendre et aller à l’université ? (D’ailleurs, la réaction des grands-parents n’avait pas changé beaucoup à cet égard !)

« C’est dommage, car elle a les capacités de faire des études. » Le parcours supérieur semble toujours gage de réussite personnelle et professionnelle.

Les études et le piège de la culture

Allez, on se reprend. L’histoire est réelle, mais je vous la raconte plus en guise d’illustration que pour dévoiler mes données personnelles.

Peu importe si elle passera le concours ou pas.

Ce qui compte, c’est qu’il y a des jeunes qui ont une passion et qui empruntent la voie pour apprendre un métier, celui de danseur-professeur de danse par exemple, ou celui de pâtissier. Les passions, c’est un des moyens de découvrir une voie professionnelle – mais c’est aussi un élément perturbateur dans le paysage de l’enseignement – j’y reviendrai.

Ma fille, si acceptée, aura un métier à 18 ans.

Ouf — c’est rassurant. Puisque si elle voudrait changer de voie, ou en cas où rencontre des problèmes de trouver du travail, elle pourrait toujours faire un parcours universitaire.

Vous voyez à quel point la culture domine le bon sens ? Changer cette culture d’appréciation des voies d’éducation supérieure et de dévalorisation d’autres voies professionnelles ne sera pas une mince affaire.

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