Avez-vous déjà vu la vidéo du perroquet qui parle à Alexa ? Est-ce que les données générées par un perroquet sont de « fake data » ? Et que penser de la responsabilité, aussi bien du propriétaire de l’animal et de l’opérateur qui vend et pilote les assistants vocaux ?
Voici une petite réflexion autour de la « responsabilité animale » et les #fakedata.

Quand l’animal et la machine tissent des liens d’amitié…

Dans cette vidéo et dans une autre, vous voyez comment les perroquets Rocco et Petra échangent avec l’assistant vocal d’Amazon, lui donnent des ordres (« Alexa, allume les lumières »). Selon sa propriétaire, Rocco a réellement commandé des choses sur la plateforme et elle a dû mettre en place une stratégie quotidienne pour éviter de nouveaux achats sur Amazon.
L’histoire veut qu’un lien d’amitié se soit créé entre les animaux et Alexa. Ce qui n’est évidemment pas vrai, car si un perroquet peut s’attacher à Alexa, l’inverse n’est pas le cas. Le lien affectif entre une machine (un appareil, sous forme de poupée) et l’homme est un des sujets abordés dans mon livre « Bienvenue à l’Hospitalité digitale ». J’avoue ne pas avoir prévu le lien affectif entre un animal et une machine… Et bien qu’il soit passionnant, ce n’est pas le sujet de cet article — cela en mérite au moins un autre.

#Fakedata : quand votre perroquet donne des instructions à Alexa, l'assistant vocal d'Amazon

Capture d’écran de https://www.youtube.com/watch?time_continue=163&v=OV57EnzsHgM

La responsabilité animale

Écouter un perroquet parler à Alexa est non seulement un peu fun, mais aussi extrêmement fascinant. Surtout au regard de la responsabilité qui découle de la propriété, de la récolte, du traitement et de l’éventuelle vente directe ou de la vente des services, basés sur des données qui sont générées par des animaux. Je suppose qu’il n’y a pas encore beaucoup de réflexions en cours sur la « responsabilité animale » vis-à-vis de la donnée1)Ce n’est pas à la « responsabilité du fait des animaux » que je réfère ici ! https://fr.wikipedia.org/wiki/Responsabilit%C3%A9_du_fait_des_animaux— l’animal qui produit de la donnée viendrait donc après les réflexions sur la responsabilité de la machine…?

Les données générées par les perroquets qui causent avec des assistants vocaux vont probablement être interprétées comme venant de sa propriétaire. Alexa d’Amazon et Google Home peuvent en effet distinguer les différentes voix — à condition d’avoir créé un profil au préalable. Mais qui pense à créer un profil pour son perroquet, surtout si lui possède la capacité de réellement mimer les différentes voix des personnes ?

Biaiser son flux de données

Avec les dernières révélations sur la mauvaise gestion des données par les grandes plateformes et notamment par Facebook,2)Il y a une avalanche d’articles disponible sur ce sujet ! de nombreuses questions autour des algorithmes et de leurs modèles économiques, déjà largement commentées dans les réseaux d’experts et d’universitaires, sont devenues « mainstream ». D’autant plus que s’y ajoutent les effets négatifs des #fakenews, comme nous l’avons vu ces dernières semaines en France autour des sujets concernant les Gilets jaunes.3)https://hoax-net.be/les-gilets-jaunes-8-fake-news-parmi-tant-dautres/ pour un site très visuel et https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/ pour les décodeurs du journal Le Monde. Il y en a d’autres évidemment. Les deux se renforcent — et la question est loin d’être réglée.

Si je tente en effet de « troller » mon flux de données (je laisse parfois mon téléphone à la maison et suis des gens pour garantir qu’une certaine diversité s’opère sur mon flux même si je ne suis pas d’accord avec eux), je sais que, loin d’être une stratégie gagnante ou une vraie démarche de détournement des données produites par « le moi » en ligne, cela reste probablement de l’ordre de poudre de perlimpinpin face aux usages que les plateformes en font.

Mais à l’heure où les usages de nos données font la une de tous les journaux, je n’avais jamais encore réfléchi sur ce qui advient des données produites par des animaux domestiques. Je n’ai pas trouvé des références dans le RGPD 4)http://www.cliniqueveterinairevendome.fr/wp-content/uploads/2018/06/RGPD.pdf — un exemple de charte émise par un cabinet de vétérinaire, dans lequel on ne trouve en effet que les règles concernant les propriétaires d’animaux, mais pas des animaux eux-mêmes. Est-ce que le cabinet peut, par exemple, publier des photos des animaux sur Instagram sans autorisation du propriétaire de l’animal ? La question ne me semble pas d’un très grand intérêt, mais une fois qu’on s’y penche, on s’aperçoit de la difficulté de décider sur la ligne à ne pas franchir.. Si le perroquet Rocco semble avoir effectué des commandes sur Amazon, on peut donc supposer que l’assistant vocal n’a pas (encore ?) pris en compte ce qui relève de l’humain ou de l’animal, car les commandes faites par le perroquet ont bel et bien été prises en compte par Amazon — sans savoir d’ailleurs si c’est une volonté de ne pas les distinguer ou plutôt une impossibilité. Un nouveau champ s’ouvre désormais…

Du #fakenews au #fakedata

En même temps, je tombe sur un article qui traite des #fakeData : Forget Fake News – here comes Fake Data. Alors là, les choses se gâtent. L’article (en anglais) date de février 2017 et n’est donc pas tout jeune, mais dit essentiellement que…

a) les assistants vocaux ont le vent en poupe et vont se démocratiser dans un avenir proche – ce qui semble être confirmé par le nombre d’assistants commandés pour ce Noël 2018 et que

b) les assistants vocaux sont nourris avec les data (car pour proposer du lait, il faut avoir au minimum les données d’une marque de lait dans le système) et que

c) les données peuvent être biaisées ou manipulées — et que cela se fera, notamment par les grands groupes au détriment de petits acteurs.

En résumé, il faut être « vu et connu » par l’assistant vocal pour pouvoir donner un résultat à la recherche effectuée par une voix. Pour cela, l’assistant vocal doit pouvoir trouver les données de produits ou services dans une base de données, tout comme le font les moteurs de recherche. Donc, au lieu d’avoir à s’occuper du SEO5)Search Engine Optimization — Optimisation des moteurs de recherche pour être vu par le celui ou celle qui sollicite son assistant vocal, on devra passer par le IA-SEO : l’Intelligence artificielle-SEO — AI-SEO en anglais.

Martin Hiesboeck, l’auteur de l’article note très justement que ces données ont été générées par des humains et qu’Alexa, juste parce qu’elle a une voix machinale, n’a pas une autorité intrinsèque ou serait de l’intelligence artificielle.

The reason why AI is such a problem is that it’s not AI at all. There is nothing artificial about the intelligence Google, IBM, Apple and Amazon are peddling. It’s human-sourced intelligence. The misleading post above came from a misinformed human being. Just because Alexa says it doesn’t make it “artificial” or authoritative.

 

La disparition du métier de responsable marketing sera, selon l’auteur, une des conséquences du glissement vers le AI-SEO. Il pense que le AI-SEO sera un des grands chantiers de l’avenir qui du coup sera un moteur important pour l’économie. Quant aux remèdes aux #fakedata, l’auteur prévoit que le volume croissant rendra les données plus objectives et que de nouveaux algorithmes pour le factchecking des données verront le jour.

D’ici là, les marques qui maîtrisent les données — « vraies » ou fausses — décideront sur ce que dira Alexa. Entretemps, on sera peut-être sauvé par les perroquets, qui sait ?

 

 

Références   [ + ]

1. Ce n’est pas à la « responsabilité du fait des animaux » que je réfère ici ! https://fr.wikipedia.org/wiki/Responsabilit%C3%A9_du_fait_des_animaux
2. Il y a une avalanche d’articles disponible sur ce sujet !
3. https://hoax-net.be/les-gilets-jaunes-8-fake-news-parmi-tant-dautres/ pour un site très visuel et https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/ pour les décodeurs du journal Le Monde. Il y en a d’autres évidemment.
4. http://www.cliniqueveterinairevendome.fr/wp-content/uploads/2018/06/RGPD.pdf — un exemple de charte émise par un cabinet de vétérinaire, dans lequel on ne trouve en effet que les règles concernant les propriétaires d’animaux, mais pas des animaux eux-mêmes. Est-ce que le cabinet peut, par exemple, publier des photos des animaux sur Instagram sans autorisation du propriétaire de l’animal ? La question ne me semble pas d’un très grand intérêt, mais une fois qu’on s’y penche, on s’aperçoit de la difficulté de décider sur la ligne à ne pas franchir.
5. Search Engine Optimization — Optimisation des moteurs de recherche

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