À l’ère du « overtourisme » et dans un contexte de critiques qui visent Airbnb en particulier, une nouvelle plateforme, qui se dit plus éthique, verra bientôt le jour : Fairbnb. Dans cet article, je regarde, à travers de quatre éléments, la pertinence au regard de la démarche éthique affichée.

Fairbnb se présente comme une alternative aux plateformes telles que Booking et Airbnb : « Une solution intelligente et équitable pour un tourisme au soutien de la communauté ». Tout est dit — en se positionnant ainsi, avec le nom qui sonne comme le concurrent-qu-on-ne-nomme-pas, la plateforme aspire à la « co-création d’une solution viable selon les critères du marché qui puisse être une alternative aux plateformes commerciales ». Ailleurs, on lit que Fairbnb veut « alléger l’impact du tourisme, protéger le droit à la résidence et combattre la gentrification (embourgeoisement urbain). »

Overtourisme en Égypt (2006)

David Evers, Attack of the Tourist Killers, 2006 – Flickr

Les effets négatifs du « overtourisme » : plus complexe qu’on ne le pense

Soyons clairs. Les effets négatifs de l’ascension fulgurante d’Airbnb dans le marché du tourisme urbain — marché qui était jusqu’à son apparition mal servi —, ne se sont pas ressentis dès 2007, l’année de sa création. Bon nombre de critiques aujourd’hui ont loué leurs maisons au début et étaient d’heureux locataires dans d’autres villes. Ce qui est certain, c’est que la plateforme et les villes n’ont pas suffisamment tôt écouté les habitants, ou, si l’écoute il y avait, n’ont pas pu trouver des réponses pour réguler une industrie qui pèse lourd sur l’économie des villes et pays.

Dans d’articles précédents 1) Par exemple, celui-ci : Sharing Economy: redefining some Basics, novembre 2015: https://medium.com/@BeerBergman/sharing-economy-redefining-the-basics-f39ad9609e3e, j’ai régulièrement émis mes doutes concernant certaines analyses critiques de la plateforme Airbnb — un peu trop faciles à mon avis —, mais je ne suis évidemment pas sourde aux critiques concernant notamment la spéculation immobilière, qui menace le parc locatif (mais qui est aussi un produit des taux d’intérêt extrêmement bas) ou encore, la disparition des commerces diversifiés au profit des boutiques de souvenirs — et donc, d’un sentiment d’aliénation des habitants des villes concernées.

Mais bien que préoccupée par les effets de ce qu’on appelle aujourd’hui « overtourisme » 2) Terme devenu en vogue pour indiquer les conséquences négatives d’overexploitation des lieux touristiques, instaurant le plus souvent une monoculture destinée à plaire aux passants , un produit du tourisme de masse (car c’est cela qui cause la plupart des effets négatifs) et que je loue l’initiative, je reste très sceptique par rapport à l’initiative de Fairbnb. Ne me comprenez pas mal : j’espère que le modèle remplit ses promesses ! La plateforme prévoit une ouverture ce printemps 2019 en cinq villes (dont Amsterdam) et reversera 50 % de ses bénéfices aux voisinages — le temps nous dira si l’approche éthique trouvera des clients heureux et des citoyens-habitants moins mécontents !

Voici quelques éléments de mon scepticisme que je traiterai dans cet article :

  1. La transition du « tourisme de masse » au « overtourisme »
  2. Les problèmes liés au tourisme de masse urbain, enjeu démocratique sur tendance forte et de fond d’urbanisation
  3. La volonté supposée chez les habitants de rentrer en contact et de partager une culture avec le touriste-passant
  4. La gouvernance coopérative et la technologie
  5. La capacité à générer une plus-value suffisamment importante pour assurer la promotion, gérer les aspects judiciaires et réserver une somme réaliste et pertinente pour réaliser des projets locaux — chez des locaux qui n’en veulent peut-être pas.

Le sujet se prête à écrire un livre (ce qui est déjà fait d’ailleurs, par plusieurs auteurs) et je ne pourrai être exhaustive, mais je vous livre quelques pistes de réflexion.

Qu’est-ce que Fairbnb et quel est son modèle éthique ?

Sous le drapeau de Fairbnb, une communauté est en train de se construire sous forme de coopérative. « Activistes, chercheurs et créateurs du monde entier » 3) Le texte en néerlandais cite un autre groupe, celui de petits-entrepreneurs. ont pensé un modèle qui s’inspire des autres plateformes pour devenir le « pivot point » entre offre et demande sans pour autant récolter les effets négatifs de celles-ci. Fairbnb commence dès 2019 dans quelques grandes villes (Amsterdam, Venise, Barcelone…).

Je ne doute pas, d’ailleurs, de l’intérêt d’un certain nombre de propriétaires-occupants pour cette initiative solidaire dans des villes où la « classe créative », cosmopolite et culturellement ouverte est relativement importante, pour soutenir une nouvelle dynamique touristique, plus éthique. Ceci dit, cette « classe créative » n’est qu’une partie des cibles de Fairbnb, l’autre étant la masse d’habitants qui ne louent pas leurs maisons et qui se sentent d’autant plus envahis par le touriste. 

1. La transition du « tourisme de masse » au « overtourisme »

Une ville comme Amsterdam a toujours souffert des masses du tourisme (quand j’ai quitté la ville en 1992, c’était déjà « trop »). Bien évidemment, cela n’a rien avoir avec des masses d’aujourd’hui. Jusque dans les années 90 du siècle dernier, le tourisme de masse concernait des pays lointains, pas nos propres villes — le terme « overtourisme » est seulement apparu quand nous étions nous-mêmes concernés par ce qui se faisait ailleurs depuis déjà assez longtemps.

L’overtourisme est généralement vu comme un résultat des locations Airbnb, des tarifs de vols de plus en plus bas et un intérêt grandissant pour des séjours plus courts dans de grandes villes. Mais la problématique du « trop » est peut-être plus complexe qu’on ne le pense, comme en témoigne la construction des hôtels à Amsterdam qui passe quasi inaperçue. 4) — https://www.amsterdamsights.com/hotels/new-hotels.html — https://www.parool.nl/amsterdam/-ondanks-hotelstop-komen-er-nog-8000-kamers-bij~a4527729/ – https://www.missethoreca.nl/hotel/artikel/2018/01/294949-101294949?vakmedianet-approve-cookies=1&_ga=2.79684756.1846102453.1547838952-1697972238.1547838952 : article sur deux hôtels avec une approche durable Quand on regarde ce schéma des nouveaux hôtels à Amsterdam et leurs chambres ouvertes pendant la période 2016-2018, on s’aperçoit qu’ils sont situés aussi bien à l’intérieur de la ville qu’en périphérie. Et ces nouveaux hôtels apportent gros : une étude de l’agence Écorys prévoit que les 8 000 nouvelles chambres vont attirer 1,8 million de touristes en plus, alors que la limite des nuitées, imposée pour des loueurs d’Airbnb diminuera le nombre de nuitées de « seulement » 90 000. Un chiffre presque dérisoire, quand on réalise que le déplacement du terminal des bateaux de croisade pourrait attirer 400 000 de touristes en plus. En total, Amsterdam recevra sous peu 4,1 million de nuitées supplémentaires, bien plus que la diminution des nuitées générées par Airbnb (et par d’autres plateformes de location directe). Si la diminuation des locations par le biais de la plateforme Airbnb, considérées comme la cause emblématique des valises sur roulettes et leur bruit, devraient en effet soulager les quartiers résidentielles, l’habitant de la ville verra donc toujours plus de touristes, avec ou sans Airbnb – et il reste à voir s’il y a de la place pour une nouvelle plateforme, plus éthique ou pas.

La ville comme musée à ciel ouvert

La journaliste néerlandaise Floor Millikowski, dans un podcast du VPRO « Future Shock », dit très justement que sa ville d’Amsterdam a changé quand les populations traditionnelles, puis bohémiennes, ont vu arriver les touristes journaliers 5) une grande partie des touristes à Amsterdam sont des Européens, voire des Néerlandais qui visitent la ville pour la journée qui passent sans acheter — problématique qui a également été pointée du doigt à Venise par exemple (dont un commentateur note que des 18 étables de poissonnerie d’autrefois, il n’en restent que six…). La ville est désormais vécue comme un musée par les touristes et subi comme un musée par les habitants et commerçants, dans un contexte d’embourgeoisement grandissant (Amsterdam) ou dans un contexte de désertification par la population (Venise).

2. Tourisme de masse sur fond d’urbanisation ou sur fond de désurbanisation

Et la ville n’accueille pas uniquement plus de touristes, mais, contraire à Venise où les habitants disparaissent, Amsterdam grandit tous les ans, avec environ 11 000 personnes/an depuis 2008. 6) Dans les pronostics, cette croissance diminuera probablement à partir de 2020, mais la ville accueillera plus d’un million d’habitants en 2040. Cette croissance est partiellement une croissance organique (naissances — / — décès) et partiellement le fruit de l’immigration, rendue possible par un agrandissement du parc locatif. La vague actuelle est constituée des actifs CSP+ qui sont à la recherche d’un écosystème créatif et culturel, dans lequel les rencontres se font entre semblables. Je parie que ce profil ressemble au celui des clients d’une plateforme comme Fairbnb. 7) Une mine d’informations est disponible sur cette page, où l’on peut voir, par exemple, que le pourcentage d’autochtones a diminué de 2,4 % en cinq ans, entre 2013 (49 %) et 2018 (48,6 %) : https://allecijfers.nl/gemeente/amsterdam/. La population a connu une croissance entre 1850 et 1960 (période d’urbanisation), suivi d’une période de désurbanisation entre 1960 et 1978 (décroissance de 20 000 personnes/an vers des centres périurbains), puis par une nouvelle période d’urbanisation (suite à la modernisation des quartiers) entre 1978 et 1986. La croissance actuelle et future est le fruit de l’attractivité pour des populations plus aisées (CSP+), pour les étudiants et pour les actifs, qui cherchent du travail, des loisirs culturels et la compagnie des semblables. Source : https://www.ois.amsterdam.nl/visualisatie/bevolking.html

Les exemples d’Amsterdam et de Venise démontrent bien la différence entre la ville qui grandit et la ville qui se vide de ses habitants et plaiderait pour une approche décentralisée et localement intégrée (« embedded »), plutôt que vers une approche centralisée. De la communication de Fairbnb, j’ai l’impression qu’il s’agit d’une approche centralisée — ce qui se comprend dans le contexte de l’importance des données pour la gestion et la promotion.

3. La volonté supposée chez les habitants pour la « rencontre authentique » avec le touriste-passant

Le problème lié au tourisme de masse n’est pas (uniquement) que le touriste arrive. C’est son comportement sur place qui dérange : même si celui-ci n’est pas excessif, il y a toujours une problématique de choc culturel et le sentiment d’intrusion. Et puis, aussi bizarre que cela puisse sembler : il repart, avant d’être remplacé par un autre. Et puis par un autre. En ville, le touriste reste cet anonyme qui se permet de s’introduire dans la vie quotidienne de l’habitant. Si la rencontre avec l’autre (l’habitant) est pour lui une découverte « exotique » à la sauce locale, celle-ci n’en est qu’une parmi d’innombrables rencontres pour l’habitant, qui mène probablement plus à une forme d’intrusion et d’aliénation qu’à un sens de reconnaissance et d’appartenance. C’est une des problématiques traitées dans un contexte d’une autre plateforme, très éthique, celle de Couchsurfing.org, dans le livre « Couchsurfing Cosmopolitanisms : can tourism make a better world » de David Picard et Susan Buchberger.

Je me pose la question de la volonté d’une population locale à vouloir entrer en contact (« vraies rencontres ») avec le touriste-passant. 

Le mythe d’Airbnb est construit sur l’image de la rencontre avec l’autre qui est « culturellement différent, mais personnellement compatible » 8) » Many chapters of this book highlight the paradox of couchsurfers looking for a « host being culturally different but personally compatible ». This leads us to think carefully and wonder further in discovering what we are really looking for when willing to explore other cultures. How can one be ‘the same’ and ‘different’? Are we really authentic, open-minded and searching for the exotic other? Or do we simply fear to engage with the feeling of adventure and excitement, and therefore look for an experience we can still call ‘home’? However, how would one define the ‘feeling at home’? » – Book review : Couchsurfing Cosmopolitanisms, 2014. Sur https://mobiliversity.wordpress.com/2014/05/19/book-review-couchsurfing-cosmopolitanism/ – last accessed 16/01/2019 . Et si le nouvel habitant de la grande métropole est à la recherche du semblable, il évaluera le « culturellement différent » autrement que le touriste. Ce qui résulte à une recherche de la « rencontre véritable » (encore que, il y a des questions à se poser dans la réalité de la chose) de la part du touriste et au rejet de la différence par l’habitant. Il y a donc une incompatibilité profonde.

Vous savez peut-être que nous gérons une petite structure touristique depuis 1992. Je peux témoigner à quel point l’accueil de « l’étranger-passant » n’a pas toujours été facile pour nos enfants — car ils n’ont pas les mêmes intentions ni les mêmes fins que nous. J’observe que pour eux, qu’on pourrait comparer à des habitants recherchant leurs semblables tout en essayant de vivre une vie au quotidien qui n’est pas la vie d’un touriste, tisser du lien avec un « touriste-passant » qui les considère comme un peu exotiques, il était difficile de gérer cela dans la durée avec des personnes toujours différentes. Encore une fois, les travaux de David Picard sont assez éloquents sur ce point.

Appartement La Talle | La Grosse Talle

Appartement La Talle | La Grosse Talle

Pour finir, si Fairbnb affiche une éthique par rapport à la location elle-même, elle ne pourrait pas plus que les autres plateformes garantir que le locataire se comporte « bien », c’est-à-dire, en respectant les codes sociaux du lieu — car rien ne nous dit que celui ou celle qui veut réserver un appartement ne le fait pas parce qu’il ne le trouve pas ailleurs, et non pour le côté éthique.

4. De la gouvernance coopérative, de la technologie interculturelle et du marketing multicanal

Si Airbnb est organisé de manière verticale selon les principes d’un startup, la démarche de « gouvernance démocratique » de Fairbnb fait plutôt penser à Gîtes de France, organisé sous forme de fédérations (mais avec un nouveau mode de gouvernance participatif depuis juillet 2018). L’importante représentation d’acteurs concernés n’a pas toujours été garant de succès. Il y a donc un vrai enjeu de gouvernance, un jeu d’équilibriste entre une approche autoritaire etdescendante, rendue possible par la surexploitation de la donnée, et le modèle démocratique, avec une possible surreprésentation d’acteurs concernés, qui rend la prise de décision extrêmement complexe et pas toujours efficace par rapport aux fins définies.

Technologies interculturelles

Puis, il ne faut pas négliger les problématiques interculturelles : ce qui marche bien à Venise n’aura peut-être pas le résultat escompté à Amsterdam. Une bonne connaissance des cultures, accompagné d’une gouvernance et d’une gestion adaptées à ces différences culturelles sera donc un préalable. Fairbnb, sera-t-il capable de traduire cela en une et seule application ?

Approches marketing multicanaux

Les loueurs d’aujourd’hui pratiquent souvent des approches marketing multicanaux : ils sont présents sur plusieurs plateformes. Rien n’empêche un loueur de mettre son logement sur Fairbnb, mais également sur Airbnb et Booking. Ce n’est pas parce qu’on loue par le biais de Fairbnb que j’apporte — sur l’ensemble de mon action — une éthique qui se fera sentir par la ville et les habitants. La réponse technologique n’en est qu’une, et peut-être pas la meilleure.

5. Les projets locaux en gestion coopérative avec la population

Le taux de commission chez les plateformes « traditionnelles » oscille entre 12 % (Airbnb – 8 % voyageur/3 % plateforme) et 20 % (Booking, dans certains cas, et un taux intermédiaire pour GdF). On pourrait conclure que 12 % sont probablement le minimum nécessaire pour assurer la gestion et la promotion de la plateforme et des hôtels représentés. Pour que Fairbnb remplisse sa promesse de réinvestissement dans des projets locaux, il faudra donc un bénéfice important.

Tricotons la rue, projet citoyen d'art à Montréal, Retis/Flickr - 2013

(…) ce petit parc sympathique en bordure du boulevard Monk accueillera l’exposition citoyenne d’art public Tricotons la rue

Mais plus important encore, quel sera l’accueil de l’habitant face à cette volonté coopérative affichée, celle de réaliser des projets locaux avec eux ? Je ne connais pas les cultures des villes du sud qui feront partie du projet, mais pour ce qui est des Amstellodamois, ils aimeraient peut-être juste être laissés tranquilles. Le risque existe qu’ils ne veulent pas du tourisme éthique, mais moins de tourisme tout court. Et ce n’est pas certain qu’ils souhaitent coopérer avec des étrangers sur des projets qu’ils n’ont pas demandés, car au final, ils n’ont pas demandé le tourisme de masse, même pas si ce tourisme a l’air d’une formidable aventure (inter-) culturelle pour l’autre. S’ils ont les moyens de se la payer à l’étranger, ils iront probablement dans des appartements trouvés sur…. Airbnb.

Alors, que faire ?

Une chose est sûre : on ne change pas les goûts du touriste comme on le voudra. Pour faire sortir ces flux de visiteurs des hauts-lieux touristiques, le gouvernement néerlandais a par exemple réfléchi à instaurer une carte mobilité pour encourager le touriste de sortir d’Amsterdam et de l’attirer dans d’autres lieux touristiques, moins fréquentés. Les territoires ont renommé leurs sites touristiques (souvent en anglais) pour attirer plus de visiteurs : le Place marketing est passé par là.

Proposer des logements ou ne pas proposer des logements ?

Une approche éthique pourrait alors être de ne pas proposer des logements dans ces hauts-lieux touristiques, mais à courte distance, éventuellement accompagnée d’une solution de mobilité. Il est bien possible que dans ces endroits, les projets coopératifs soient mieux vus — et davantage nécessaires !

Définir ensemble la ville dans laquelle on veut vivre

Deuxième point : les villes, dont les populations souffrent d’un overtourisme, doivent réfléchir à quel type de ville elles souhaitent être ou devenir. C’est une leçon pour les territoires français, d’ailleurs, d’y penser avant de séduire le touriste de masse : diminuer la capacité touristique est parfois grandir en tant que territoire, car donner l’espace et la capacité aux populations de jouer leurs rôles traditionnels. Amsterdam a arrêté, depuis 2014, de faire la promotion de la ville.

L’étude de l’Hospitalité concerne les manières dont un peuple s’organise pour accueillir l’étranger qui frappe à sa porte, tout en préservant sa sécurité et dans l’objectif d’arriver à une – nouvelle – cohésion interne.

Beer Bergman, Bienvenue à l’Hospitalité digitale, Éditions Kawa, 2018 – p. 24

Nous n’en sommes pas encore là en France (bien que ceci pourrait être le rêve de certains:-), mais les exemples des grandes villes ailleurs et leurs connexions avec les territoires adjacentes, voire plus lointaines, pourraient sonner comme un avertissement : attribuons au tourisme le rôle et le budget qu’il nécessite pour — in fine — bien réguler ce qui doit être régulé et de promouvoir ce que les habitants souhaitent mettre en valeur.

Démocratisation du voyage, ou restreindre le ticket d’entrée ?

Ce qui me mène à un troisième point, dont on ne parle que peu : par la démocratisation de la mobilité, qui a joué en faveur du tourisme de masse, des populations moins aisées ont pu découvrir un « ailleurs », d’autres cultures, des espaces et des manières de faire différemment et d’être autrement. Bien qu’ils se retrouvent ensemble partout où ils vont, ils vivent des moments de confrontation avec l’autre et ses manières de faire. Maîtriser le tourisme, en passant par les taxes ou des tickets d’entrée [comme c’est envisagé par Venise], ne revient-il pas à dire : le vrai tourisme, c’est pour les riches ? Même sans parler des conséquences climatologiques et de pollution du tourisme de masse, nous vivons un vrai conflit, entre démocratisation [liberté pour les masses] et protection/restriction [liberté pour les habitants] et il sera extrêmement délicat de trouver des équilibres, probablement différents pour chaque territoire. Je ne suis pas certaine que passer par une technologie, même si elle se dit plus éthique, va résoudre le problème… Reste que plus il y a éthique et réflexion, mieux c’est.

 

 

Références   [ + ]

1. Par exemple, celui-ci : Sharing Economy: redefining some Basics, novembre 2015: https://medium.com/@BeerBergman/sharing-economy-redefining-the-basics-f39ad9609e3e
2. Terme devenu en vogue pour indiquer les conséquences négatives d’overexploitation des lieux touristiques, instaurant le plus souvent une monoculture destinée à plaire aux passants
3. Le texte en néerlandais cite un autre groupe, celui de petits-entrepreneurs.
4. — https://www.amsterdamsights.com/hotels/new-hotels.html — https://www.parool.nl/amsterdam/-ondanks-hotelstop-komen-er-nog-8000-kamers-bij~a4527729/ – https://www.missethoreca.nl/hotel/artikel/2018/01/294949-101294949?vakmedianet-approve-cookies=1&_ga=2.79684756.1846102453.1547838952-1697972238.1547838952 : article sur deux hôtels avec une approche durable
5. une grande partie des touristes à Amsterdam sont des Européens, voire des Néerlandais qui visitent la ville pour la journée
6. Dans les pronostics, cette croissance diminuera probablement à partir de 2020, mais la ville accueillera plus d’un million d’habitants en 2040.
7. Une mine d’informations est disponible sur cette page, où l’on peut voir, par exemple, que le pourcentage d’autochtones a diminué de 2,4 % en cinq ans, entre 2013 (49 %) et 2018 (48,6 %) : https://allecijfers.nl/gemeente/amsterdam/. La population a connu une croissance entre 1850 et 1960 (période d’urbanisation), suivi d’une période de désurbanisation entre 1960 et 1978 (décroissance de 20 000 personnes/an vers des centres périurbains), puis par une nouvelle période d’urbanisation (suite à la modernisation des quartiers) entre 1978 et 1986. La croissance actuelle et future est le fruit de l’attractivité pour des populations plus aisées (CSP+), pour les étudiants et pour les actifs, qui cherchent du travail, des loisirs culturels et la compagnie des semblables. Source : https://www.ois.amsterdam.nl/visualisatie/bevolking.html
8.  » Many chapters of this book highlight the paradox of couchsurfers looking for a « host being culturally different but personally compatible ». This leads us to think carefully and wonder further in discovering what we are really looking for when willing to explore other cultures. How can one be ‘the same’ and ‘different’? Are we really authentic, open-minded and searching for the exotic other? Or do we simply fear to engage with the feeling of adventure and excitement, and therefore look for an experience we can still call ‘home’? However, how would one define the ‘feeling at home’? » – Book review : Couchsurfing Cosmopolitanisms, 2014. Sur https://mobiliversity.wordpress.com/2014/05/19/book-review-couchsurfing-cosmopolitanism/ – last accessed 16/01/2019

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