Par ce texte, datant de 2014, j’explore le phénomène du selfie et de l’autoportrait 2.0. Quels origines, quelles significations sociologiques, quels regards posons-nous sur cette expression populaire de l’autoportrait qui met l’acteur central dans son environnement ?

Les selfies ont la côte [1]. Entre le fait que le mot est entré dans le dictionnaire [2], les selfies pris lors des manifestations et la trouvaille, initiée lors des élections municipales de 2014, des « selfisoloir » (contraction de « selfie » et d’« isoloir »), on a compris qu’il s’agit moins d’un phénomène de mode, mais d’un genre à part entière.

Nous avons désormais tous vu des gens se tourner le dos vers l’objet, le groupe ou la personne avec qui ils veulent se photographier, sortir leur Smartphone de leur poche, tourner l’objectif vers soi et se prendre ainsi en photo. Ils font désormais partie des pratiques initiées par les Smartphones avec caméra intégrée et la possibilité de tourner l’objectif vers soi. La pratique veut qu’on partage cette photo ensuite par les réseaux sociaux, notamment sur Facebook et Snapchat. C’est devenu un phénomène de masse qui ne laisse pas indifférents les gens, bien que les émotions des débuts du selfie sont retombées un peu.

Lors de la conférence Tourisme numérique à Deauville en mars 2014, j’ai eu le grand plaisir de présenter « Selfies, avatars : autoportraits 2.0 ? », dans un format « TEDtalk » (quinze minutes chrono, ce qui impose des raccourcis parfois insupportables pour celui qui maîtrise le sujet, mais qui constitue une base à partir de laquelle chacun peut continuer à s’informer).

Je quitte volontairement le format de ma présentation, pour proposer un texte plus complet, moins formaté selon les règles des 15 minutes chrono, destinées à garder l’attention de l’audience, afin de partager quelques notions qui me semblent importantes, et non seulement pour le tourisme.

Selfies, terrain de confrontations

Les selfies sont un sujet de confrontations intenses. Les critiques sont sévères, les appréciations bipolaires — même si, en 2018, les selfies ont été plus ou moins acceptés comme signe de nos temps, ils restent, encore une fois associés à une culture de jeunes, et qui du coup, sont considérés comme superficiels, narcissiques, égocentriques.

Le bingo ! des selfies

Ce qui frappe, c’est l’intensité des regards sur les selfies : Bingo ! « Selfies me rendent en colère », Je déteste les selfies », « Selfies sont un truc de filles », « Il y en a de trop », « Selfies ne devraient pas être partagés publiquement », pour vous citer quelques-uns des commentaires de l’image. Ou encore… « Ils sont tous des narcissiques », « Quelle horreur », bref, les titres d’articles et réactions sur les réseaux ne manquent pas.

J’ai toutefois l’impression que ce jugement collectif des « selfies » est lié à la démocratisation de cette forme d’autoportrait photographique. Dès qu’un phénomène est diffusé largement dans des communautés plus populaires, et sort de la prérogative des élites, il devient socialement moins acceptable. [3]

L’objet de ce texte est d’initier une réflexion autour des conséquences de l’ « objectivisation » de l’acteur principal (le photographe) dans l’image. Comme périmètre de l’image, je propose le paysage : l’image, même abstraite, est toujours une sorte de paysage avec ses notions d’espace, de passage, de temps et d’authenticité. L’image suppose un regard dans l’espace, sinon elle n’aurait pas de sens.
Je plaide pour l’intégration des selfies dans le genre « autoportrait », car je propose de les considérer comme plus qu’un simple phénomène.
Comme pour les autoportraits classiques, je propose quelques styles, ou groupes, différents afin de mieux cerner les usages, les lectures, la construction sociale.

Selfie, une forme de « l’autoportrait 2.0 »

Les selfies sont ces photos qu’on prend de soi avec le bras tendu. Ces pratiques ont été démocratisées par les Smartphones avec caméra intégrée, qui sont désormais à la portée d’une grande partie de la population, et la possibilité de tourner l’objectif vers soi.
Les photos prises avec bras tendus, c’est la version des puristes, qui considèrent toute autre façon de réaliser un autoportrait comme des autoportraits photographiques, mais pas comme des selfies.

Pour défendre mon propos, je veux inclure dans le périmètre de « l’autoportrait 2.0 » d’autres types de photos de soi comme des selfies, car ils proposent une lecture hybride qui permet de mieux comprendre le phénomène. Je considère donc comme « autoportrait 2.0 » les selfies purs et durs, mais aussi les photos prises dans le miroir, les photos prises avec un bras allongé et les avatars (photos de profil sur les réseaux sociaux). Nombreux sont eux qui utilisent un selfie comme avatar, rendant la différence entre les deux moins évidente.

Le partage en ligne avant tout

Le propre de toutes ces photos est qu’elles soient partagées en ligne, et notamment par le biais des réseaux sociaux. La critique concerne à la fois la prise de la photo et le partage : le fait de prendre une photo de soi, prise et maîtrisée par soi-même, suscite des réactions comme « narcissique », et, dans cette optique, le fait de la partager empire les choses.

Notons que les selfies sont plutôt le domaine des liens forts que des relations avec lesquelles on entretient des liens faibles et leur mise en forme est souvent de l’ordre de « message hautement contextualisé » que « faiblement contextualisé ».
En d’autres mots : les personnes avec lesquelles on entretient des contacts fréquents, réciproques, intenses et intimes comprennent ce que l’auteur veut exprimer avec son selfie. Les autres, ne comprenant pas, ou n’étant pas inclus dans ce cercle d’intimes, ne peuvent pas interpréter — et apprécier — les contextes très personnels. La critique ne vient rarement des intimes, la plupart du temps des gens plus éloignés, avec lesquels on entretient des liens faibles.

De nouveaux paysages pour de nouvelles expériences de soi

Mais au-delà la posture très personnelle, le selfie est indéniablement une nouvelle façon de capter les paysages, les monuments, le patrimoine dans son sens large, en incluant l’acteur comme objet. Ce nouveau cadre influence la perception du monde, son environnement et son expérience de soi, de soi avec les autres, de soi dans un environnement. Et en même temps, ces nouvelles possibilités invitent à la parodie, l’humour et la critique. Ce qui « augmente » l’image, la rend plus dynamique comme expérience.

Un peu d’histoire

On connaît tous la version historique des selfies, les autoportraits peints, réalisations artistiques par de « vrais artistes », quand la technologie n’était pas encore là pour nous faciliter la vie et quand il fallait y passer du temps et du savoir-faire. Et quand, parallèlement, il existait encore une économie de rareté, ce qui rendait son appréciation plus élitaire. On peut dire que l’autoportrait (incluant selfies et avatars) est une expression post-moderne, là où l’autoportrait peint serait une expression moderne.

Les autoportraits peints étaient souvent chargés de symbolique.  On peut évoquer quelques styles différents :

  • l’autoportrait comme une identification,
  • l’autoportrait comme une présentation du soi,
  • l’autoportrait pour scruter son soi,
  • l’autoportrait imaginaire,
  • l’autoportrait anecdotique….

La plupart du temps, l’autoportrait était une combinaison de ces catégories.

Comme tout genre, ces œuvres partagent avec les selfies le fait d’avoir été, autrefois, le sujet de critiques sévères, comme tout style nouveau : si Rembrandt est vénéré comme l’ultime peintre du XVIIe siècle, cela n’a pas toujours été le cas.
Mais cette incompréhension semble relatée davantage à la non-appréciation du style et au traitement du sujet qu’avec le fait de les faire tout court. Il y a un double effet de « je connais les codes et j’apprécie » versus « je ne connais pas les codes, je n’apprécie pas » dans les deux styles d’autoportraits. Ce qui a changé avec la démocratisation de l’autoportrait 2.0, dont le selfie est devenu le symbole, c’est non seulement le volume des regards et d’appréciations, mais aussi l’inversement de celles-ci. Quand on connaît les codes et valeurs culturelles de l’élite, on n’apprécie pas le selfie, sauf si on appartient à une sous-culture qui apprécie la culture pop, liée aux mèmes, où la parodie, l’exagération et le dénigrement sont pratiqués.

Petite historique du selfie

L’historique du selfie prouve cette théorie, car il ne date pas d’hier. Dès le début de la photographie, les autoportraits photographiés ont été faits. Ainsi, le premier autoportrait connu, celui de Robert Cornelius, scientifique à Philadelphia, a été réalisé en 1839, probablement en se photographiant dans la vitre de son entreprise.

Comme aujourd’hui, les célébrités s’emparent ensuite du phénomène… comme Anastasia en 1914, fille du dernier tsar de Russie, qui se photographie dans un miroir avec un Kodak Brownie, cet appareil mythique qui a vulgarisé la photographie.

Ce n’est qu’après la vulgarisation de l’appareil photo que les nombreuses photos prises par « des gens normaux » apparaissent, qui témoignent de leur volonté de s’insérer dans leur paysage comme acteur et objet en même temps.

Nathan Hope utilise le mot « selfie » pour la première fois en demandant de l’aide sur un forum en ligne, en 2002. Il est tombé et, pour illustrer sa demande, publie une photo de lui-même en disant « désolée pour la mise au point. C’était un selfie ».[4] Ensuite, c’est dans des groupes sur la plateforme Flickr, à partir de 2005 – 2007, qu’on entend parler du selfie.
Mais il se passe un certain temps avant que le premier autoportrait photographié soit tagué avec le hashtag « selfie » : il a été publié sur Instagram le 16 janvier 2011 par Jennifer Lee, et tagué le 27 janvier, le jour où Instagram introduisait les hashtags, pour la première fois dans l’histoire. En octobre 2013, Instagram confirme que plus de 35 millions de photos sont taguées avec #selfie.
Il y a donc du monde dans la sphère numérique qui réalise, publie et commente les selfies. Les chiffres confirment que le selfie est résolument devenu un phénomène de masse. Mais qui sont tous ces gens qui se prennent en photo de soi-même ? Avant d’analyser quelques types différents de selfies, on va d’abord s’interroger sur le phénomène.

Phénomène ou genre ?

Phénomène ? (Ou pire, de « phénomène de mode » ?) Ou genre ?

Quand je contacte, en 2013-2014 Martin Huberts par Twitter, il me dit : « ah, vous êtes catégorie 86. » Huberts, historien d’art et éditeur web a été à l’origine du site www.avadenticals.org — site qui n’est malheureusement plus en ligne. Sur ce site, il mettait côté à côte des avatars catégorisés selon leur forme. Ainsi, une centaine de catégories montrait des avatars (souvent des selfies et certainement des autoportraits) des gens qui s’affichaient avec les mêmes attributs, et dans des postures semblables. Le résultat était bluffant : aussi « authentique » qu’on s’imagine soi-même, à la lecture du groupe, on l’est beaucoup moins.

La catégorie 86 m’intriguait et je suis donc allée voir mes pairs. Je vous avoue que j’étais assez contente de ma photo de profil, prise devant ma bibliothèque : j’avais opté pour une photo classique comme avatar, je me sentais bien moi, un peu unique quand même (parlant des normes !). Mais en voyant mes pairs de « ma catégorie », je me sentais beaucoup moins unique. Moins seule aussi d’ailleurs.
Une autre question se posait alors : est-ce que je veux vraiment appartenir à ce groupe, des gens qui me semblent un peu euh… ennuyeux ? (Permettezmoi une petite parenthèse : ou est-ce que Beer trouverait ses pairs dans le groupe qui aime « beer » ?)

Et est-ce vrai que nous sommes tous devenus des narcissiques ? Selon Huberts, pour que le selfie soit narcissique, il doit y avoir une expression individualiste, ou encore une glorification de soi. Mais quand on voit la collection des selfies, l’ensemble des images catégorisées, on s’aperçoit que le contraire est le cas : même si les personnes sur les selfies sont différentes, et même si elles espèrent toutes séduire d’une façon ou d’une autre, on a la forte impression qu’elles essaient de fondre dans leur environnement, de ne pas, justement, être différentes, mais de répondre aux codes de leurs communautés.[5]

En vue de ces catégories, on dirait donc plutôt que les avatars/selfies, c’est un vrai genre.

Les portraits, c’est un genre, comme la peinture historique ou de paysages. Un genre possède une logique formelle, avec ses figures et images, et une « sagesse structurelle ». Le genre perdure, jusqu’à ce que tous les problèmes qu’il devait aborder ont été complètement résolus. Le « genre » est donc plus complexe et fondamental que le « style » ou le « phénomène ».

Prise de contact avec son soi intime

La première fois que j’ai été confrontée avec les selfies, c’était avec celui de ma fille, postée comme son avatar sur Facebook. Au premier abord, j’étais plutôt choquée et, dans cette manie de maîtrise pédagogique (qu’on appelle aussi l’éducation), je me suis dit, il faut que je lui en parle.

Mais qu’est-ce qui me choquait tant ? Je pense que c’était la proximité. Se prendre en photo, sans se regarder, mais toute proche. Le fait qu’elle ne s’est pas prise dans une posture charmante. Et la question de la sociabilité se posait : est-ce que je pourrais trouver acceptable pour ma fille le groupe de pairs qui utilise ce type de photos ? Est-ce que la photo ne lui fera pas tort plus tard dans sa vie ?

Citation du peintre Caspar David FriedrichLe terme qui me revenait était « beyond beauty » au-delà la beauté. En même temps, il y a une nouvelle forme de beauté qui émane, celle de la prise en direct avec sa réalité numérique. Plus vrai, d’une certaine façon, que les photos auxquelles nous nous sommes habituées, qui sont souvent toutes lisses, tout acceptables.
Et je pensais à cette phrase de Fiedrich. Il fut un temps… le temps long. Où le peintre Caspar David Friedrich a dit que Le peintre ne doit pas peindre seulement ce qu’il voit en face de lui, mais aussi ce qu’il voit en lui :« si le peintre ne voit rien à l’intérieur de soi-même, il devrait arrêter de peindre ce qui se trouve en face de lui » .

À leur manière, les selfies semblent adresser cette notion, celle de ce que l’on voit en soi-même, car on se publie à travers son propre regard. (Comme à l’image de cette parodie, une refonte de l’œuvre « Le Voyageur contemplant une mer de nuages, » peinte en 1818.)

Sérieux, fun, rêve, parodie, critique… les formes dérivées ne manquent pas

Si vous faites une recherche sur Google avec le mot « bathroom selfies », vous ne serez pas déçu. Les « bathroom selfies » sont un groupe à part, car le miroir de cette espace intime a poussé plus d’un à se photographier, sous différentes formes. Avec toute l’intimité que ce lieu impose… ou expose. D’abord, il y a les « beauties », les autoportraits de ceux qui montrent leur physique sous une forme préférée. Souvent avec une connotation de sexe, parfois très nus, ils deviennent les premiers à être critiqués.
Ce sont des photos lisses, du genre Instagram. Car la partie inaliénable des selfies est le fait de les diffuser dans ses réseaux. Et chaque réseau connaît ses normes, ses habitudes, ses différents types de lecture.
La réplique venait de Tumblr et de Snapchat. Les « selfies » sur Snapchat sont souvent plus du genre « uglies » : ils disent le refus de la société toute lisse, toute « photoshoppée ». Et cela donne parfois deux faces à une personne, qui se montre multiple à travers ses différents réseaux. Comme une recherche de soi, de ses réseaux, de sa vision sur le monde.

Et c’est vrai, à voir les collections de « bathroom selfies », on aurait tendance à dire que nous sommes tous devenus narcissiques. Mais si les « bathroom selfies » inspirent beaucoup les beautés, ils stimulent aussi la créativité ! Il y a de la vraie construction, du temps et de la maîtrise, un peu comme autrefois dans les autoportraits des peintres. Et c’est là où le genre des selfies devient réellement intéressant, car il nous montre une autre vision de nous sur notre société.

Filtres et « augmented view » (vision augmentée)

Tout dépend du filtre, au sens large, que nous mettons sur nos photos. Comme à l’image des « Claude Glasses », version historique d’Instagram, l’outil par excellence des voyageurs et peintres qui l’emportaient pour embellir les paysages qu’ils visitaient… à la fin du dix-huitième siècle. L’outil consistait de différents ronds ou ovales en verre, chacun teinté différemment, montés sur un « bras », comme un éventail. Le peintre et le voyageur, à cette époque où le tourisme commençait à se développer, et au plein essor de l’époque du « pittoresque », pouvaient ainsi profiter du paysage construit selon les normes de beauté imposées. Chaque verre donnait une autre ambiance, la seule chose qui sépare les Claude glasses d’Instagram est le fait de ne pas pouvoir fixer l’image sur papier directement.

À l’image des Claude glasses et d’Instagram, tout filtre semble permis : parodie, humour, critique… Ils rendent les souvenirs plus pertinents, plus personnels, rendent le « regard touristique » (au sens large) plus coloré.

Je terminerai avec quelques exemples et cas et je vous invite à regarder les images de la présentation pour mieux comprendre et savourer les différentes classes.

Le selfie historique

Vous pouvez utiliser d’anciennes photos historiques, les détourner en selfies et créer du buzz.

Le « felfie »

Les « felfies », contraction de « farmers » et de « selfies », réalisés par les agriculteurs dans le double but de faire connaître le quotidien des agriculteurs et de sortir du monde de silence et de solitude.[6]

« MuseumSelfies »

Les « MuseumSelfies » ont été inventées dans un but de créer plus d’engagement de la part du public avec les œuvres exposées. S’il est vrai que la « MuseumSelfie » propose une lecture plus engagée avec l’œuvre, non seulement pour celui ou celle qui pose avec une œuvre, il rencontre des critiques particulièrement sévères. Le musée devrait être le lieu d’introspection selon les uns, un lieu où la prise de photos et la « manie » du partage ne devraient pas avoir lieu selon les autres. Non seulement y a-t-il un amalgame entre « vrais » selfies et les faux (photos prises par une tierce personne de quelqu’un devant, derrière ou interagissant avec une œuvre d’art), il y maintenant un premier cas d’une casse d’une œuvre par un amateur de selfies. On peut se demander si ce type d’action, pédagogique à la base, ne poussera pas les lieux à exposer les imitations d’œuvres d’ici peu, afin d’éviter des pertes culturelles.

Mais au-delà la question de oui ou non adhérer au genre de la « MuseumSelfie », se pose la question du « post-musée », du musée dans cette vision post-moderne.

« HolidaySelfies » de tous genres

ChateauSelfie, NormandySelfie, ParisSelfie, RestaurantSelfie et CrisisSelfie… autant d’exemples de selfies que les territoires et marques vont sans aucun doute encore enrichir.

Pour terminer les exemples : vous connaissez sans doute cette fille, qui s’est fait des selfies suite à la perte de son téléphone : une fois perdue, elle s’est aperçue que le nouveau propriétaire du téléphone se prenait en photo à foison, mais elle avait accès à sa collection via le cloud. Elle s’est donc photographiée en son double, ce qui en fait une collection inédite !

Le selfie engagé

Dans le groupe « selfie engagé », on peut percevoir plusieurs types à ce jour.

Conclusion

Bref, le selfie met à nouveau nos propres corps dans les paysages, comme acteur et objet. L’objectif de cet exposé devant un public de professionnels du tourisme était de vous donner un cadre de réflexion et historique, afin de vous permettre à vous imaginer des applications pragmatiques de marketing pour vos territoires et entreprises.

Quels paysages voyons-nous lors de nos voyages ? Quelles représentations de nous-mêmes réalisons-nous dans les paysages de rêve ?

Au-delà le message marketing, ce qui compte, c’est de s’engager. Vous pouvez le faire en faisant des autoportraits façon selfie vous-mêmes. Interrogez-vous sur le sens de la découverte, de l’individu et du collectif, du regard touristique et de l’engagement dans la rencontre avec l’autre.

 

[1] Ce texte a été initialement publié en 2014, après l’avoir utilisé pour une conférence sur le sujet. À mon texte initial, j’ai ajouté des commentaires entre parenthèses et notes pour ce qui concerne un changement de point de vue en date de la republication de ce texte et pour compléter le texte initial.

[2] « Selfie » rentre dans des dictionnaires anglophones en 2013 et trois ans plus tard en France : http://www.journaldemontreal.com/2015/05/19/le-selfie-fait-son-entree-dans-le-dictionnaire

[3] Heureusement, l’ère du recul a sonné aussi : depuis 2014, la recherche s’est emparée de la thématique, la presse populaire a laissé tomber le phénomène comme sujet prioritaire et les articles qui paraissent, sont plus modérés qu’auparavant.

[4] « And sorry for the focus. It was a selfie » — http://www.abc.net.au/science/articles/2014/08/12/4065062.htm

[5] « First of all: In order to be narcissistic, a selfie has to be an individual expression, a glorification of the ego. But as this website shows, selfies are as individualistic as slices of bread: they all look the same. The persons on the selfies are different, but instead of trying to enhance their individual qualities, they try to blend in. And blending in is not a narcissistic quality, on the contrary. »
(extrait du site disparu avadenticals.org)

[6] Dans le domaine du tourisme, les « felfies » touchent de près à cette notion de l’authenticité, élément primordial pour la filière. Aux Pays-Bas, certains restaurants organisent des visites guidées dans des fermes pour montrer au public que leur viande provient des endroits politiquement corrects : le retour à l’authenticité mise en scène, la « staged authenticity » de MacCannell.

 

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